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Chapelle


Les explorateurs avaient mis à jour les premières pièces d'un bâtiment à demi enfoui, suite au grand tremblement de terre. Une partie des murs étaient éboulés dans la section en cours de dégagement, et s'était jusque-là fondue dans les gravats, de sorte que ce n'était que récemment que la présence de ce bâtiment en grande partie souterrain avait été remarquée.

Les équipes se relayaient, faisant la chaîne pour déblayer les décombres. Dans l'organisation pour le moins chaotique des fouilles, un curieux de plus ou de moins passait inaperçu, mais le jeune garçon devint un familier des lieux dès son apparition. Un sourire permanent sur son visage angélique entouré de boucles blondes, il aidait ici, encourageait les défaitistes ailleurs. Rien n'entamait son humeur paisible, et on aurait presque pu dire que sa seule présence rendait à tous le travail plus facile et plus rapide.

Dégageant une pièce de plus, les archéologues amateurs mirent à jour des échafaudages effondrés, barres de métal tordues mêlées aux pans de murs. La progression se profilait plus difficile, dans la poussière de ciment, mais les premiers gros blocs enlevés révélèrent un couloir encombré, certes, mais à peu près praticable.

L'adolescent prit la tête de l'équipe, sa taille d'enfant lui permettant de se faufiler rapidement par-dessus les tiges d'acier déformées. Il parvint le premier à la grande salle qui se trouvait au bout du couloir, relativement épargnée. Lorsque les adultes qui le suivaient le rejoignirent, il avait déjà commencé à soulever et écarter les quelques blocs de pierre tombés du plafond, au fond de la salle opposé au couloir.

Le responsable de l'équipe, intrigué de son impatience inhabituelle, s'avança pour l'aider et eut un coup au cœur. Son premier mouvement fut de tirer l'adolescent en arrière pour lui éviter le spectacle de ce qui se trouvait sous les décombres, mais en levant les yeux sur le visage de l'enfant il resta muet. Nullement surpris, celui-ci souriait, comme à son habitude, une expression plus sereine encore qu'à l'accoutumée sur ses traits d'ange.

Sous ses mains, mêlées à la poussière, venaient d'apparaître à la lumière des ossements humains, d'enfants d'après leur petite taille. Des restes de tissus s'accrochaient aux os desséchés, dans lesquels l'adulte devina ce qui avait jadis été une petite robe, un t-shirt et un jean d'ado. Deux enfants, un garçon et une fille probablement, étaient morts ici.

Comme s'il ignorait le sens de sa découverte et n'avait pas reconnu les sinistres restes, l'adolescent blond releva les yeux sur l'adulte et lui décocha un sourire plus chaleureux encore.

Partagé entre la pitié et l'irritation, l'adulte hésitait entre lui demander de ressortir ou lui expliquer sèchement que la mort n'était pas un jeu et qu'il devait respecter la mémoire des malheureux défunts dont il venait de profaner la sépulture.

Une fois encore les mots restèrent bloqués dans sa gorge. Sous ses yeux, le garçon perdait de sa consistance, devenant translucide comme un fragile reflet sur une eau noire. L'esquisse qu'il était devenu se retourna, flottant doucement au-dessus du sol, et tendit le bras vers le mur au coin duquel s'ouvrait le couloir par lequel ils étaient arrivés.

Alors seulement, l'équipe réalisa que ce pan de muraille était couvert de fresques colorées, oniriques.

En même temps, ils surent qu'ils contemplaient la dernière œuvre qu'avaient réalisée les deux enfants, le garçon et sa petite sœur. Celle qu'ils avaient décidé d'achever coûte que coûte, lorsqu'ils avaient été enfermés ici, avant de laisser la mort les prendre. La petite fille, moins résistante, avait succombé la première, mais son frère aîné avait réussi à terminer la fresque.

A présent, il avait également accompli la dernière partie de leur vœu, en permettant à leur œuvre d'être contemplée par d'autres yeux.

A ce moment, le couloir à demi dégagé laissa filtrer jusqu'à la salle les rayons du soleil, qui se posèrent sur les ossements. La silhouette du garçon se fit plus floue alors qu'il baissait les yeux sur les restes, accueillant l'esprit de sa sœur enfin libéré de leur prison. Une fine nuée de particules de lumière s'échappa des dépouilles illuminées, se mêlant à son image de plus en plus diaphane.

Sur un dernier sourire radieux, ils se fondirent dans les rayons dorés du soleil.

FIN

février 98



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