11e édition : 2 février 2000:
L'édito de Noël (très) en retard
les éditos précédents sont encore disponibles ici:
edito 10 (8 décembre 1999)
edito 9 (28 août 1999) - - - - -
edito 8 (26 mai 1999) - - - - -
edito 7 (17 mai 1999)
edito 6 (4 février 1999) - - - - -
edito 5 (8 décembre 1998) - - - - -
edito 4 (21 octobre 1998)
edito 3 (6 septembre 1998) - - - - -
edito 2 (16 juillet 1998) - - - - -
edito 1 (mai 1998)
La vacherie du jour : le chanteur des Smashing Pumpkins
qui se prend pour Pinhead (le méchant Tête d'Epingles dans
"Hellraiser"), depuis qu'il vend des disques il doit trop bien
manger, du coup c'est plutôt à l'oncle Fester (Fétide dans la VF
- de la Famille Addams) qu'il commence à ressembler. Le pâle
gothique se porte mieux émacié.
La vacherie du jour (bis) : les chasseurs protestent contre
l'interdiction de chasser le gibier d'eau en février, comme ils le faisaient
"par tradition" (une des excuses employées par les gens qui n'en
trouvent pas). D'où ma question : à quand l'ouverture de la chasse aux
chasseurs? Certes c'est une cause éthiquement et moralement difficile
à défendre, car on ne peut arguer de chasser pour se nourrir, vu que
contrairement au cochon, chez le chasseur rien n'est bon...
Les sujets:
- Fêtes de fin d'année : pub, gap
- Journalistes, critiques et animation japonaise : en progrès
- Princesse Mononoke
- Artbook Totoro : pétition pour une nouvelle couv'
- Journalistes contre Bug
- News du SoulCatcher
- Littérature (ben quoi?)
- Une bonne raison de haïr les fêtes de fin d'année : les pubs
lamentables dont on est affligés en cette période. Que ce soit
les grands classiques des chocolatiers (on devrait interdire
d'antenne toutes les pubs Ferrero et Kinder pour
cause d'attentat à la santé mentale du public), les étalages de
foie gras, la vente forcée de joujoux par milliers ou la
nouveauté de l'année, l'insupportable spot des fêtes de
Gap. Je retire ce que j'ai dit il y a quelque temps sur
les géants du prêt-à-porter qui s'installent en France : c'est
probablement subjectif, mais autant le marketing H&M me
plaisait bien, autant celui de Gap me hérisse. Entre leurs
modèles de type "anorexique toxicomane en phase terminale de
dépression nerveuse" (j'ai compté, dans leur précédente pub télé
sur "I just can't get enough", il y en avait une seule qui
souriait sur la 30aine. Ils les bourrent de Prozac avant de les
filmer ou quoi?), leurs slogans de moutons ("Tous en...") et
maintenant ce spot d'un mauvais goût même pas fait exprès, je
zappe dès que je les vois. Bon okay, ils y ont mis les moyens,
techniquement les effets spéciaux y'a rien à dire, mais
qu'est-ce que c'est pénible rogntudjuu! Et pourtant y'a matière
à faire pas trop nul avec des fringues et moins de fric, témoin
la campagne d'affichage de "La City" en ce moment, celle
où le modèle est assis étant une vraie réussite visuelle (les
autres moins).
Une bonne raison d'aimer les fêtes de fin d'année, du moins à
Paris : beaucoup de magasins sont ouverts tous les dimanches de
décembre avant Noël. Cool. Bon, ils sont pleins quand même, mais
c'est pas grave...
- Ben
voilà, c'est fait, "Princesse Mononoke" est sorti,
youpi. C'est peut-être l'occasion de saluer les efforts louables
des critiques pour s'acheter une conduite après avoir vilipendé
l'animation japonaise pendant des lustres (à leur décharge, leur
balancer sous les yeux les longs métrages de Dragon Ball
et Sailormoon n'était pas un cadeau et avait de quoi
refroidir les ardeurs...). Depuis ces derniers mois, peut-être
sous l'impulsion d'attachés de presse plus zélés et convaincants
qu'à l'accoutumée, et surtout, je pense (j'espère), grâce au
choix des longs métrages d'animation japonaise diffusés en
salle, on a assisté à un spectaculaire renversement d'opinion
des critiques de cinéma. "Perfect Blue",
"Jin-Roh", "Mon voisin Totoro" et "Princesse
Mononoke" ont tous eu droit à de bonnes critiques dans la
plupart des organes de presse. Ajoutez à cela l'exposition de
découverte des mangas organisée par la Maison de la Culture
du Japon, et le festival (??) du Forum des Images (au
sein du Forum des Halles), qui ont permis aux journalistes de se
documenter sur pièces avant de raconter n'importe quoi, pour une
fois... On va peut-être enfin avoir droit à des discussions sans
a priori sur les images, animées ou non, en provenance du Japon,
sans se faire traiter tout à trac de débile ou de pervers
assoiffé de violence. Pas trop tôt. Peut-être aussi qu'après le
succès inattendu et glorifié de "Kirikou", les gens du
milieu se sont dit que ne pas dire du mal systématiquement de
toute l'animation "hors-Disney" pouvait faire du bien à
l'animation française... Non? Et qu'il y avait un public.
Ne reste plus qu'à habituer les yeux du public profane à
l'animation japonaise dans ce qu'elle a de typique,
techniquement parlant : les animateurs japonaise parlent de
celle des Américains (comprendre : à la Disney, vu que
les longs métrages produits depuis par la Fox et
Dreamworks SKG suivent les mêmes recettes) comme
"animation caoutchouc", façon de dire que les personnages et les
objets s'y déforment de manière élastique comme s'ils étaient
fait de marshmallow, y compris quand ce n'est pas nécessaire,
d'où une impression que tout flotte sans poids. Alors que les
Japonais font plutôt dans le dynamique : ça bouge vite, droit au
but, avec un stop souvent assez net, pour accentuer l'idée du
mouvement et, par contraste, de l'immobilité. Ce qui apparaît
aux yeux des profanes comme une "animation limitée typiquement
japonaise", alors que dans la pratique il y a autant de dessins
différents par seconde dans un Miyazaki que dans un
Disney. Tsss...
- Mon
avis à moi sur le film? Je ne sais pas trop. Il y a beaucoup
de bonnes choses, des personnages tout en nuances de gris
(psychologiquement parlant), un héros masculin plus présent qu'à
l'accoutumée dans les films de Miyazaki... Bizarrement,
le film est à la fois plus mature et plus enfantin que
d'habitude.
Je m'explique : la fille élevée par les loups, le prince
poursuivi par une malédiction pour avoir tué un "dieu
maléfique", la forêt magique habitée par des animaux-dieux, tout
cela relève d'une mythologie tellement connue que, même
renouvelée ici par "l'exotisme" du floklore asiatique et les
inventions de Miyazaki, cela semble issu de rêves d'enfants ou
d'aventures fantastiques pas si originales que ça, d'où un goût
de film pour enfant. Dans le même temps, les personnages, eux,
ont tous une part d'ombre (qui dans le cas du prince
Ashitaka apparaît de manière concrète sous la forme du
maléfice du dieu Nago) plus marquée que dans les films
précédents. Il semble, d'après les dossiers de presse, que cela
soit volontaire chez Miyazaki, qui a conçu ce film après
le tremblement de terre de Kobe, les attentats au sarin
dans le métro de Tokyo et autres événements dramatiques. Par
réaction, "Mononoke Hime" est plus sombre, plus réaliste,
par sa cruauté, en dépit du thème et du traitement mythologique,
que le rêve doux-amer de Totoro, un peu trop lointain.
C'est une forêt magique où les dieux meurent, où les hommes qui
détiennent le fer ne sont pas forcément des monstres (Dame
Eboshi, la maîtresse de la Forge, main de fer dans un gant
de velours, l'ennemie jurée de Mononoke, est aussi une
bienfaitrice pour ses ouailles), où les animaux ne sont pas
forcément gentils, doux et plus sages que les hommes, où la
nature détruit aussi bien qu'elle crée la vie. Amer, donc, comme
une version plus mature, plus lucide, plus dure de
Nausicaa (toujours inédit au cinéma chez nous) ou de
Totoro.
Mais je dois avouer, par certains côtés je préfère Totoro, parce
que c'est trop rare un film dont on sort avec un sourire niais
de bonheur aux lèvres, en rêvant de chat-bus et de danse du
parapluie...
- Tiens
à propos, Canal+ et Tonkam se sont associés
pour sortir une version française du artbook de Totoro
pour sa re-sortie en salle et en vidéo. Un ouvrage passionnant
sur la création de ce dessin animé, incluant un résumé en images
pour retrouver le sourire niais dont je parlais plus haut,
analyser l'anatomie du chat-bus et l'écologie des Totoro (petit,
moyen, et grand), et décrypter le sens profond de la scène du
parapluie à l'arrêt de bus. Le seul problème de cet album à
couverture cartonnée souple, en fait, c'est le design extérieur.
Autant l'intérieur est sobre et clair et semble avoir conservé
telle quelle la maquette d'origine, autant l'extérieur est...
BEURK. L'erreur de marketing absolu. Imaginez un dessin (pas le
meilleur) tiré du film, encadré d'une ignoble bordure vert pomme
limite fluo, parsemée de chibi-totoro mal dégrossis qui ont
l'air patchés là au petit bonheur par un tamponneur fou, avec
des titres en gros caractères, le tout laissant à penser que
l'objet est un album à colorier pour enfants daltoniens de moins
de 6 mois. Et je ne connais pas beaucoup de parents qui
paieraient 150 balles pour un album à colorier aussi mal
présenté, alors inutile d'espérer que quelqu'un qui ne connaît
pas le film va jeter un oeil aux pages intérieures... Et ils ont
payé quelqu'un pour faire une maquette de couv' aussi dégueu?
Nan, faut PAS bosser dans le design quand on a aussi de goût et
de sens artistique, c'est pas charitable - pour les
autres.
- Avez-vous
remarqué la manière dont, après les festivités de l'an
2000, et après nous avoir moultement gonflés ces derniers mois
avec leurs reportages sur la fin du monde à prévoir, le bug de
l'an 2000 à craindre et autres sujets alarmistes, les
journalistes nous ont tenu la jambe pendant deux semaines
en se plaignant que le bug n'avait pas eu lieu? Et en criant
presque à la trahison, au foutage de gueule et à l'arnaque? Ben
v'là qu'ils nous disent que le bug de l'an 2000, c'était une
invention des vilains informaticiens pour arnaquer les honnêtes
gens en leur vendant des patches inutiles. Retenez-moi ou je
vais mordre. Bon. Ils ont raconté des conneries pendant des
mois, ont fait monté la mayonnaise autour du bug pour avoir du
sensationnel à raconter, et maintenant ils disent qu'on les a
désinformés, pauvres petits. Petits crétins, oui ! Ah ouais,
s'ils se sont laissés fourguer la panoplie complète anti-bug de
Micro$oft pour leur ordinateur tout récent (qui aurait
très bien passé 2000 de toute façon), je comprends qu'ils
fassent la gueule. Mais bon, personne les a obligés à être cons,
non plus, c'est leur boulot a priori de recherche la vérité et
l'information, pas de gober tout cru tout ce qu'on leur raconte.
Alors pour le cas où certains encore mal informés voudraient
faire la part des choses dans le cas Bug, voilà la vérité :
- pour les micro-ordinateurs à usage personnel, les risques
d'erreur étaient assez faibles, au pire on risquait des blocages
de programmes pour cause de date d'expiration ou des problèmes
de tri des fichiers par date. Rien de bien méchant à moins
d'utiliser des programmes exotiques et/ou datant de Mathusalem.
De toute façon c'était pas si dur à diagnostiquer : t'avançais
l'horloge interne de la bécane au 31 décembre 23h59, t'attendais
deux minutes, tu rebootais et tu regardais si ça marchait
pareil.
- pour les micro-ordinateurs à usage professionnel, certains
programmes assez anciens, utilisant des dates, tournant sur de
vieux machins, risquaient des erreurs. En général les
entreprises se sont arrangées pour y pallier.
- les vrais risques d'erreur, on ne les trouvait pas dans les
micros (où il y a effectivement eu pas mal d'arnaque), mais dans
les grands systèmes. Kezako? Des ordinateurs façon armoire
normande "à l'ancienne", utilisant des langages archaïques,
certes, mais une telle quantité de programmes que ça coûterait
trop cher de tout refaire. Partout où des masses de données
importantes sont utilisées par des machines gourmandes en temps,
où on a longtemps économisé temps de traitement et place en
mémoire en stockant les dates sans le siècle. Arnaque, le bug?
Oubliées, les cartes bleues à date d'expiration en "00" qui ne
passaient pas dans certains distributeurs et bornes de paiement?
Les comptes clôturés inopinément?
Vous croyez que ça s'est arrangé par l'opération du saint
esprit, que les banques n'ont eu qu'à changer 2 caractères dans
un fichier pour que tout continue à fonctionner? Que les
assurances, caisses de retraite, administrations etc, ont
embauché des informaticiens par brouettes pour se rouler les
pouces en attendant le 31 décembre?
Ben messieurs les
journalistes, demain quand vous vous verrez refuser le paiement
d'un chèque parce que daté de 99 ans, ou quand votre petit
dernier né en janvier recevra un avis de la caisse de retraite
lui signifiant qu'il n'a pas droit à l'assurance vieillesse
parce qu'il n'a pas cotisé, vous pourrez vous dire : "Quels
couillons ces informaticiens, ils ont laissé passer un bug!". En
attendant, estimez-vous heureux si votre fiche de paie est datée
de 1900 ou que la C.A.F vous certifie que vous êtes né
le 42e jour du zeroième mois de l'année 1033.
Et ça peste parce qu'ils
n'ont pas de catastrophe à se mettre sous la dent, et ça
invente un scandale là où il n'y en a pas, juste pour faire
oublier que c'est EUX qui en ont fait tout un plat... C'est
comme le Pape et Eltsine, ils avaient des
cassettes de reportages pré-enregistrés qu'ils n'ont pas pu
utiliser, c'est ça?
- Bon,
sinon j'ai un peu rafraîchi les pages sur Armand
(arrangé quelques dessins, mis à jour des liens, etc...), en
prélude à une grande refonte du Soulcatcher que je prévois
pour... Heu, disons, loin. C'est le problème des grandes
refontes, ça prend plus de temps que des petits updates. Il est
possible, d'ailleurs, que cédant à l'impatience je procède aux
ajouts par vagues au lieu de tout faire d'un bloc, rapport au
fait que j'ai pas toute la doc voulue pour les grands travaux et
que je risque de devoir attendre l'été pour fabriquer certains
éléments précis.
- Ceci
mis à part, j'ai vu et lu
"Minuit dans le Jardin du Bien et du Mal" (film de
Clint Eastwood, livre de John Berendt), que je
vous conseille. Lady Chablis - qui joue son propre rôle dans le
film - vaut le détour à elle seule. Mais j'ai surtout refermé le
bouquin avec l'idée saugrenue de lancer une souscription pour
payer une belle sépulture à Danny Hansford (nommé Billy Hanson
et joué par Jude Law dans le film) - ceux qui ont lu le livre
comprendront, pour les autres je ne peux rien faire, c'est juste
une autre de mes idées bizarres...
Dans un registre plus zarbe encore, plus récent et à hurler de rire, "Stupeur et tremblements" d'Amélie Nothomb. Je ne sais pas comment j'ai fait pour rien lire d'elle avant, alors que j'ai gardé un souvenir impérissable de ses passages télévisés : une petite bonne femme brune avec de drôles de chapeaux (rien à voir avec Mme de Fontenay), qui raconte des trucs venus d'ailleurs (normal, elle a longtemps vécu au Japon, ça laisse des traces...). Je me souviens en particulier de sa démonstration improvisée de théâtre no. Bref : son nouveau roman dépeint le parcours du combattant d'une jeune française tâchant de s'intégrer dans une entreprise japonaise. Une vraie descente aux enfers, terrible et hilarante.